En Thaïlande, le peuple se soulève contre la dictature

Le 20 septembre 2020, des manifestants ont cimenté une plaque à Sanam Luang, l’une des places royales du Grand Palais, à Bangkok, en Thaïlande.

Sur celle-ci figurent quelques mots en thaï, affirmant l’opposition d’un peuple à son gouvernement et à la monarchie qui régit, encore aujourd’hui, ce pays.

« À cet endroit, le peuple a exprimé sa volonté : que ce pays appartient au peuple et n’est pas la propriété du monarque ».

Tels sont les paroles désormais gravées dans la pierre que les manifestants ont scandées lors de multiples protestations dans la journée.

Des milliers de Thaïlandais se sont en effet regroupés afin de montrer leur opposition au pouvoir en place.

Une manifestation très symbolique

Le samedi 19 septembre, des milliers de manifestants ont forcé l’entrée de l’université de Thammasat, dans le centre de Bangkok.

Leur objectif était de débuter leur protestation sur le campus de la faculté où, le 6 octobre 1976, des dizaines d’étudiants ont été tués.

À l’époque, ces individus s’opposaient au retour d’un régime militaire dans leur pays, après trois ans de parenthèse démocratique.

Quarante-quatre ans après le drame, de nouveaux individus contestent le gouvernement en place et l’ingérence de la monarchie.

Les manifestants ont donc continué leur marche vers la place de Sanam Luang, avec, en signe de défi, trois doigts levés au ciel.

Selon Thaksin Shinawatra, l’ex-chef du gouvernement renversé par un coup d’État, les jeunes Thaïlandais ne voient aucun avenir. N’étant plus au pouvoir depuis quatorze ans, le politicien n’a pas apporté son soutien au mouvement de manière explicite, mais comprend certainement leurs revendications.

De leur côté, les manifestants étaient principalement des jeunes, étudiants comme travailleurs. Depuis le début de l’été, ils descendent dans la rue pour s’opposer à la monarchie en place, scandant des « À bas la dictature, vive la démocratie ! ».

D’après l’AFP, certains opposants appartiennent au mouvement des « chemises rouges », qui a été créé en soutien à l’ex-Premier ministre, désormais en exil.

Des revendications fortes pour un pays encore sous le joug de la monarchie

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La Thaïlande est, comme l’Angleterre, le Canada ou l’Espagne, une monarchie constitutionnelle. Toutefois, le monarque thaï occupe un rôle bien plus important que celui de la reine Elizabeth II, par exemple.

En effet, le souverain Maha Vajiralongkorn possède une influence considérable sur le royaume.

En seulement quatre ans, il a, entre autres, renforcé les pouvoirs de la monarchie, mais aussi pris le contrôle de la fortune royale.

C’est la raison pour laquelle le peuple se soulève désormais contre le système politique qui devrait, selon eux, être réformé.

Les manifestants précisent justement qu’ils ne souhaitent pas anéantir la monarchie, mais plutôt la moderniser.

Ils souhaiteraient certainement que le monarque n’ait qu’un devoir constitutionnel ou cérémonial, comme la Reine d’Angleterre.

Néanmoins, le pays se nomme officiellement le « Royaume de Thaïlande » et la place de la monarchie dans la société est un sujet encore très tabou.

Ainsi, les opposants réclament la suppression de la loi sur le crime de lèse-majesté, la non-ingérence du roi dans les décisions politiques et le retour des propriétés de la Couronne à l’État.

Ces revendications très fortes et audacieuses sont le témoin d’un peuple qui espère désespérément un changement. Le gouvernement thaïlandais a effectivement connu pas moins de 12 coups d’État depuis son indépendance, en 1932.

De plus, quatre des plus grands mouvements de manifestations dans le royaume ont été matés dans le sang par les autorités. Pour l’heure, le gouvernement a toutefois décidé de réagir pacifiquement aux contestations.

La menace d’une crise économique et sanitaire grave

Depuis le début de la pandémie, la Thaïlande est l’un des pays les moins touchés par la crise sanitaire. Le royaume ne compte effectivement que 3500 cas et 58 décès pour près de 69 millions d’habitants.

Aussi, le Premier ministre a souhaité mettre en garde les manifestants contre la menace d’une seconde vague de Covid-19. Selon lui, de tels rassemblements sont propices à la propagation du virus, dans un contexte de crise mondiale.

Néanmoins, la majorité des manifestants portent leurs masques lors des marches et des regroupements. De plus, les mesures prises par le gouvernement depuis le début de l’année ont permis d’éviter que le coronavirus ne fasse trop de victimes.

Cependant, le Premier ministre s’inquiète évidemment pour l’économie du pays, celui-ci étant déjà en proie à une crise liée à l’épidémie.

Il précise que de telles manifestations pourraient anéantir la confiance des investisseurs étrangers, dans un contexte d’opposition politique.

Près de 10 000 policiers ont donc été déployés dans les rues de Bangkok afin de s’assurer que les contestations resteront pacifiques. Mais certains manifestants restent convaincus que des tensions pourraient survenir au cours des prochaines semaines.

Ce week-end, du 26 au 27 septembre, plusieurs regroupements devraient se faire dans une douzaine de pays, dont la France, afin de souvenir le mouvement prodémocratie des Thaïlandais.